Comme un paquet de sucre en morceaux renversé sur la côte de cette terre sèche comme un coup de trique, sortie du milieu de l’océan, Puerto Calero apparait à l’aube du 6e jour de traversée, scintillante de mille reflets dorés, parfumée de fragrances plus délicieuses les unes que les autres et respirant le confort thermal.
En gros, c’est une île sans arbre avec des maisons cubiques blanches, y’a des bars et on va pouvoir prendre une douche et manger une entrecôte-frites. Mais au bout de 6 jours de mer, ça a une autre saveur…
Puerto Calero donc ; avec sa jolie marina où nous trouvons une place sans problème accueillis par un gentil moustachu motorisé.
La priorité de la journée, mis à part une douche où on va frotter même derrière les genoux, est de trouver une annexe. Pour ceux qui auraient zappé un épisode, lors de notre merveilleuse escale à Gibraltar, nous avons eu la joie et la surprise de nous faire emprunter à « durée indéterminée » notre annexe par quelque ersatz de voleur. Accessoire, vous l’aurez compris, relativement nécessaire à nos déplacements, au même titre qu’un vélib’ pour faire Bastille-Nation un samedi soir après les métros. C’est vous dire si on nous avait amputé d’un précieux outil !
Voilà donc Adri et Manu partis cette première matinée à Arecife, principale ville de l’île, pour trouver, nous l’espérons, notre bonheur. A leur retour, 2 nouvelles mitigées. La première, ils ont trouvé une annexe, chouette ! Mais qui n’arrivera que lundi chez le ship chandler. Bon ok. La deuxième, ils ont loué une voiture pour la journée, trop bien ! Mais c’est Adri qui avait son permis donc il n’y a que lui qui peut conduire. Ne le stressons pas, et partons visiter l’île. La Montaña del Fuego nous attend.
Le paysage est irréel. Cette île qui a subie la plus forte activité volcanique des Canaries en 1730, nous offre
Seul un bon rafraichissement sur une terrasse face à la mer avec sa plage de galets noirs pouvait nous remettre de nos émotions. C’est donc ce que nous fîmes. Quand on a le choix, on ne s’en prive pas !
Nous avons passé le reste de la soirée dans la chaleur festive de Puerto Carmen à quelques euros de taxi de là. C’était chouette.
Nous avons ensuite occupé les deux jours suivant avec des activités classiques de vie de bateau. Nettoyer le pont du bateau, rincer la voile, faire une lessive, aller sur facebook (je ne sais pas si c’est une vraie activité de bateau, mais bon), prendre des vraies douches chaudes et frotter derrière les genoux, se faire des moustaches, acheter quelques produits frais, et courir dans la pampa. Un petit resto par-dessus tout cela et vous trouverez quatre garçons beaux comme des sous neufs. Avec des genoux propres. Et une moustache.
Lundi après-midi, départ pour Arecife. Arrivés en soirée, Manu et Jul récupèrent l’annexe commandée. Malheureusement le modèle n’est pas le bon, il n’y en a plus en stock. Nous prenons le modèle plus petit (tout ça vu ensemble par VHF), nous n’avons pas le choix, nous en aurons absolument besoin pour notre prochaine escale le lendemain matin à Isla Graciosa.
Il est assez étonnant comme nous avons du mal à nous représenter une taille dans notre esprit. On pense toujours que « ça ira », ou que « ça va le faire ». Mais quand nous avons vu arriver Jul et Manu revenir un peu penaud dans cette embarcation, nous avons rit. Comme un spasme presque. Si elle avait été jaune avec Pokémon en inscription sur le coté, cela ne nous aurait pas étonné. Comment allons-nous rentrer à 4 dedans et 5 par la suite ? Pour le moment nous nous en contenterons, nous n’avons plus vraiment le choix, nous partons cette nuit à Isla Graciosa.
Isla Graciosa
C’est le premier essai de l’annexe à quatre, deux sacs en plus. Nous nous rendons compte à l’arrivée sur la plage le derrière trempé, que nous ne rentrerons jamais à cinq dedans. Nous verrons ça plus tard. Trois quart d’heure de marche dans un semi désert au bord de la plage. Les quelques traces de végétation ne sont que buissons épineux et plantes grasses. Quant à la faune, des petits lézards smurffent dans le sable, des sauterelles bondissent dans tous les sens, et un ballet de mouches s’improvise autour de nos têtes.
L’arrivée au village est vraiment étonnante. Comme à Lanzarote, les maisons sont cubiques et blanches aux volets bleus. Il n’y a pas de bitume, pas de trottoir. Comme dans un western, cette ville à l’activité plus que dormante se dresse devant nous. Nous nous attendons à voir le shérif débarquer d’un instant à l’autre. Il ne viendra jamais.
Nous achetons des grillades pour un barbecue sur la plage le soir même. Pendant que Jul et Manu rentrent au bateau, nous partons courir avec Adri dans ce paysage de mort avec une arrivée en haut du volcan face au bateau. L’effort est récompensé. La vue est superbe ! Nous retrouvons nos deux comparses sur la plage pour organiser le barbecue. Premier obstacle : il n’y a pas de bois sur l’île, puisque pas d’arbre. Il faut trouver des buissons morts, car malgré leur aspect ces buissons sont bien trop « verts » pour s’embraser. Deuxième obstacle : nous n’avons pas de charbon. Etant malins et cultivés (on a un dictionnaire sur le bateau) nous récoltons des pierres volcaniques, qui gardent et restituent la chaleur. Je vais enfin pouvoir construire un four comme dans « Copain des bois », rêve enfoui depuis une quinzaine d’années. Tout est prêt. Un dernier retour au bateau et nous pourrons commencer. Mais troisième obstacle : la mer est basse et la plage où nous avons débarqué est désormais pleine de rochers. Après cinq minutes à affronter les vagues et les cailloux, mouillés jusqu’à mi ventre, les courses aussi, sans lumière, nous prenons la décision de ne pas revenir pour le barbecue. Tant pis. Nous aurons surement l’occasion de tester la fiabilité des fours de « Copain des bois » plus tard.
La dernière journée pourrait s’intituler « le jour où quatre jeunes décident de partir en randonnée sur une île aride avec six litres d’eau à l’assaut des sommets volcaniques, descendent par la pente la plus abrupte de l’un d’eux et se divisent en trois groupes en haut du deuxième avec moins de 50cl d’eau par personne pour le reste de leur chemin soit trois heures sous le soleil à 40°C… ».
Une épopée bien préparée en somme. Il faut préciser qu’il était prévu de rentrer vers 13h maximum, mais la curiosité et l’envie d’en profiter un maximum ont été plus fortes. Au final pas de regret. Mais une soif indéfinissable et une randonnée de huit heures dans des conditions extrêmes. Le bidon de 5L n’a pas résisté bien longtemps à notre retour !
Nous partons le lendemain pour Las Palmas, avec l’objectif encore une fois de trouver une autre annexe et préparer la traversée et les provisions pour le Cap Vert.
Las Palmas (résumé du journal de bord)
Vendredi 9 octobre.
Arrivée vers 12h au port de Las Palmas. Nous trouvons de la place malgré l’ARC (transat très prisée qui part de Las Palmas pour Ste Lucie) sur un ponton avec 2 autres bateaux français (notamment). Quelques courses et un rapide tour de la ville pour constater qu’il y a tout ce dont nous avons besoin. Un bon repas le soir au bateau avec entrecôtes et vin espagnol et au lit pour se lever tôt le lendemain.
Samedi 10 octobre.
Jul et Adri partent faire des grosses courses : 4 caddies remplis de 334 articles livrés au bateau. Pendant ce temps Oliv recoud le lazy bag de la grand voile et Manu fait le tour des ship chandler. Le rangement des courses est une organisation méticuleuse : on passe les sacs et packs d’eau du quai sur le cockpit, on enlève les emballages et étiquettes, on passe à l’intérieur où il faut trouver assez de place pour tout ranger. Et cela environ 334 fois. Après midi sieste, internet et téléphone. Sortie le soir à un festival gratuit. Malheureusement il pleut.
Dimanche 11 octobre.
Départ pour Tenerif prévu cet après midi. Tournée des pontons en annexe (la nouvelle trop petite) avec Manu, Oliv et Adri pour trouver une autre annexe plus grande, du coup. Tournée très sympa car nous pouvons discuter avec pleins de monde : des Espagnols qui nous donnent du gâteau, des Anglais, Hollandais, Danois, Suédois, Allemands, Français, bref toute l’Europe…puis nous trouvons finalement notre bonheur auprès de Max, un Anglais ici depuis 3 ans (!) qui se sépare de son bateau. Le départ est finalement différé à demain, nous partons au restaurant sans nous douter que tout est fermé le dimanche soir. Puis dodo.
Lundi 12 octobre. Fête nationale espagnole.
Départ vers 9h d’Oliv et Manu pour une nouvelle mission course et notamment de l’huile de vidange. Adri et Jul préparent le bateau pour un départ cet après midi. Finalement Las palmas nous permet tellement de choses que nous décidons une seconde fois de reporter le départ au lendemain. Manu fait la vidange et nous allons faire rajouter une barre de renfort sur l’éolienne qui fait beaucoup vibrer le balcon. Vidange faite, le moteur démarre du premier coup sans tousser ni rechigner. Manu avait-il oublié un joint lors de la dernière vidange… ? Nul ne le saura jamais.
Journée terminée par un apéro avec Loïc et Thaïs deux Bretons rencontrés la veille, Virginie et Christopher, une autre Française et un Allemand du mouillage voisin. C’est décidé, nous partons demain après que Thaïs nous ait soudé la barre de renfort de l’éolienne et que nous ayons récupéré quelques sacs de vêtements pour l’association « Le courrier de la mer » à destination d’orphelinat du Cap Vert.
Mardi 13 Octobre.
Footing pour Adri et Manu le matin + achat des pièces inox pour l’éolienne. Après diverses formalités et bricolage sur le bateau en profitant d’être au port, nous réceptionnons donc des vêtements pour bébés, une poussette et un sac de jouet pour un orphelinat de Mindelo apportés par Martha qui gère l’association « Correos del mar ». Nous décidons de rester pour la nuit au port et de partir le lendemain matin de bonheur.
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