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20 juil. 2010

Transat retour par Fabrice

Chers lecteurs de ce blog,

C’est avec grand plaisir que je vous propose en flash-back, histoire de publier des trucs quand même, un incroyable récit de Transat en mode « same same but different » par rapport à ce que vous savez déjà… à savoir, rien, ou presque… Mais laissez moi commencer par le commencement…

Il y a à peu près un an (oui, ça devait être en Mai 2009 si mes souvenirs sont bons), une équipe de quelques joyeux drilles s’était mise en tête de traverser la Manche en un week-end prolongé, mais a lamentablement échoué… 2 fois : c’est ce qui restera gravé dans les anales comme « LE » Brighton-Fécamp (NDLR : contraction de Brighton UK, ville prévue d’arrivée et de Fécamp Normandie, ville réelle d’arrivée.)
Ce texte ne raconte pas leur histoire… enfin pas tout à fait.
Oui, pas tout à fait car c’est une partie de cette équipe qui avait décidé de remettre ça pour une tournée de 1 an avec le Raffut. Si vous n’en avez pas entendu parler avant, c’est normal, on vous l’a caché… par honte, peut-être, enfin, on ne sait plus trop.
Bon, quoiqu’il en soit, cette fois, pour moi, jeune touriste débarqué de mon métro Parisien, pas question d’échouer. Ben ouais, ça la foutrait mal quand même !
En 2 mots, je me présente donc, Fabrice, le cousin d’Adrien (enfin, un des nombreux), présent sur cette première traversée dans laquelle nous avons lamentablement échoué et à la soirée de départ pour ceux qui y étaient (n° 24 dans la chenille). Ce récit, c’est ma version de notre transat retour (enjolivée, vue sous un autre angle, niant catégoriquement certains faits et ne démordant pas d’autres affirmations compromettantes).
Je disais donc, pas question cette fois ci de ne pas réussir. Les auspices sont bons : le volcan Islandais ne m’a causé que 2 heures de retard, tout est prêt, cette fois-ci c’est bon ! Le fromage a survécu, pas de bagage perdu, c’est parti ! Arrivée Gare Maritime de Marigot (trop heureux pour négocier le taux de change 1€ = 1$ pratiqué par les taxis), c’est un cousin … euh… barbu mais reconnaissable qui m’accueille. Le Raffût a des soucis de vanne, et il est encore au chantier. Borf, pas bien grave, marchons un peu. Nous sommes Samedi soir, et apparemment le Vendredi soir fut très très difficile à digérer (une soirée côté Hollandais de l’île).
Dimanche, réveil à 6h, trop motivé pour aller courir, je réveille Adrien pendant que les autres m’envoient gentiment paître. 6h12, arrivée en haut du fort… 6h30… je pleure, trop chaud… 6h55… de l’eau, par pitié… 7h15 : retour au Raffût. Bon, on va y aller plus mollo les prochains jours…
Marigot, son fort, son port, sa légendaire « Flibuste » (LE bar), les ships côté Hollandais, les derniers préparatifs, la dernière bière, la dernière gueule de bois, et Mercredi 12 Mai, départ de la transat retour, au près ! On devrait en avoir pour 4 jours, puis pétole et du portant.
Je me vois obligé d’ouvrir une petite parenthèse sur le près (prononcer « pré », à la mode du Raffût).
Le près, c’est quand on remonte au vent. C’est marrant, il y a de la gîte, des vagues, le vent et les embruns dans le visage, une sensation de vitesse, c’est grisant. Oui, mais…
La nuit, c’est froid, on est mouillé tout le temps, on se prend des douches, le bateau est trempé même à l’intérieur, on se cogne, ça gîte encore, pas moyen de faire la cuisine non de non, on se recogne, pas moyen de dormir vu que ça secoue dans tous les sens, bref, le près, ce n’est drôle que les 24 premières heures… Ah oui, et le près, même si aucun de nous ne s’abaissera à l’avouer, ça « favorise » le mal de mer.
Donc, on part. Les vents devraient être favorables, nous permettant de nous faufiler entre les ondes tropicales, sans trop avancer au moteur, on s’amarine, on y croit, on est gonflés à bloc. Le plein de magazines est fait, on a de quoi tenir. Oui mais voilà… 2e jour. Nous venons de finir le quiz FHM du mois sur « Quel séducteur êtes vous ? » (Pour les réponses, voir à la fin de l’article), quand soudain, gros bruit, grosse vibration. Il est 17h et l’étai avant (qui tient le mât) vient de lâcher, arrachant du même coup l’enrouleur du Gênois pour finir dans les filières. C’est la cata, on affale, on fait demi-tour…
Bon… Un petit air de déjà vu… Brighton nous poursuit…
15 Mai, 4h du Mat, arrivée à Marigot au moteur. Tout est fermé jusqu’à Lundi, pas de réparations possibles d’ici là… Borf, pas grave, du moment que la Flibuste est ouverte. Week-end culturel à base de Multiplex Football sur Canal + (Julien est apparemment un habitué du bar), de parties de cartes, et de buvage de bières.
Lundi, c’est la journée des miracles ! On a tout fait, tout quasiment dans la journée. Crapahuté en haut du mât pour décrocher et raccrocher l’étai (14 m, c’est haut en fait), réparation de qualité, oui monsieur, pour moins de 20€ de l’enrouleur, les voiles, raccrocher et redécrocher le tout et reraccrocher le tout, ouf, ça devrait être bon ! On a tous bien mérité la Flibuste ce soir là !
Mardi 18 Mai : Second départ. Météo très favorable (mouais, à voir). Même scénario : 3 ou 4 jours au près, puis du portant.
Vendredi 21 Mai : (je recopie texto le livre de bord pour cette partie) « Les coussins, les fringues, tout chope la maladie du ça pue. J’en déduis : le près, c’est bien, mais c’est encore mieux quand ça s’arrête » Un membre d’équipage, quart de 22h30. NB : on est toujours au près, ça mouille.
Petite parenthèse sur « la maladie ». Au près, le bateau prend l’eau, l’eau goutte de partout, des hublots, du toit, du sol, dans les coussins, les habits. Bref, tout est trempé, et… ça a une fâcheuse tendance a sentir … appelons cette odeur, « la Maladie ». La Maladie ne se soigne que par la laverie. Mais en mer, des traitements palliatifs permettant de retarder l’inexorable, voire de retrouver un semblant de vie existent, notamment le séchage de coussin, et le lavage des habits à la main (pour peu qu’ils veuillent bien sécher après !). Sauf qu’au près, ces traitements ne peuvent être convenablement appliqués, et ça devient vite infernal ! On en vient à prier pour pétole (absence de vent, normalement pas top)…
Mais là où ça devient réellement gênant, c’est quand l’eau potable, allez savoir comment, chope la maladie et devient sérieusement impropre à la consommation. On s’en fout, on la boit quand même, faut économiser… certes, mais on a beau être des beaux gosses (voir le film pour ceux qui ne connaissent pas), une eau goûtue au point de sentir un mélange de pneu, de pourri, d’eau noire du port, de sel, et de vieux, mais vraiment surtout de pneu, on s’en lasse jusqu’à risquer la mutinerie ! Heureusement, notre vaillant skipper a eu la bonne idée de mettre l’eau sale en quarantaine après qu’un membre d’équipage atteint de folie passagère a décidé de balancer l’une de ces bouteilles à la mer d’un geste d’une rare violence que nous ne décrirons pas ici par respect pour ce membre (moi en l’occurrence)…

Mardi 25 Mai : miracle !!!!! « le vent se calme, la mer aussi… putain que c’est bon. Par contre, c’est toujours le près. » Notre Skipper, Adrien dans le livre de bord.
Du coup, on fait péter le confit de canard et le foie gras pour fêter ça ! Bien mal nous en a prit ! Les plus chanceux ont mis 48 h à digérer - nos pauvres estomacs déshabitués ! Ah oui, et Saint-Emilion, Grand Cru classé 2002. Il était temps ! On est quasi au milieu de l’Atlantique, et on a fait que du près ! D’ailleurs Manu ne s’en est pas remis du tout, et sous couvert d’une angine, il sèche ses quarts !
Ca me fait penser que je n’ai pas abordé les quarts ! Chaque nuit, par tranches de 2h (2h30 maintenant que Manu est malade), un membre d’équipage est responsable du bateau et de la bonne marche.
En pratique ? On est harnaché en ciré, en train de se geler, se prendre des douches, regarder les étoiles, et réfléchir à tous les trucs improbables qu’on n’a jamais pris le temps de considérer. Les quarts 2 et 3 (de 11h30 à 3h30) étant les pires, un roulement est envisagé à base de 1,4,2,5,3. Oui, pareil, nous non plus on n’y a rien compris, mais on s’est débrouillé quand même.
Entre deux parties de Blitzkrieg (jeu de l’année 2011, inventé sur le bateau à base de raisins secs et autres boulons pour faire les pions, brevet pas encore déposé donc on ne vous donnera pas encore les règles), lecture pépère, baignade (une fois pour le style, pour pouvoir dire j’ai nagé au milieu de l’Atlantique avec 5000m de fond), et autres activités hautement culturelles à base de sieste, de regardage de Dikkenek (film de l’année 2006 – perso vu 2,7 fois pendant la transat), on continue à avancer avec de temps en temps un Supertanker au large, qui malgré les supplications d’Adrien à la VHF ne nous lâchent pas une seule caisse de bières à la mer.
Oui mais voilà, un beau matin, c’est la claque…Boum !
Je ne vais pas re-rentrer dans les détails hautement techniques de l’accident, mais plus dans la façon de vivre ça de l’intérieur. Ben oui, le poissard, c’était moi ! Ils me l’avaient bien dit d’ailleurs, y a que avec moi que ça merde (Brighton-Fécamp, l’étai au bout de 1,5 jours, les 10 jours au « pré »), bref, il s’en est fallu de peu que je ne finisse avec une ancre autour du coup au fond de l’océan. C’est parait-il ce qu’on faisait au « malin » sur le bateau il y a deux siècles de ça, celui qui portait la guigne. Vive le progrès donc en ce qui me concerne.
Fatigué par une manœuvre matinale qui nous a saucés un max, je suis au taquet (le vrai, pas l’expression, le truc où on bloque les cordages) et … paf donc… D’après les mémoires d’Oliv qui venait de se réveiller (mémoires publiées ultérieurement), j’aurais littéralement volé.
J’émerge donc couché dans le cockpit, sans savoir qui ni où je suis, les oreilles bourdonnantes comme dans le Soldat Ryan. Des gens me parlent, mais je ne comprends rien, je n’entends qu’un bourdonnement. Je tourne les yeux, et vois le regard terrorisé de Julien. Entre temps, Adrien s’est jeté sur moi pour me faire me semble-t-il un point de compression au niveau du crâne. Merde, il a du sang plein les bras et me demande si ça va… Re merde, c’est sûrement un empannage. Quelle tronche peu bien avoir mon crâne ?
Maxi merde, on est au milieu de l’Atlantique, et le prochain hôpital est à 7 jours de mer au moins… Ca y est, j’ai le crâne explosé, comment vais-je m’en sortir ? Et une douleur sourde se réveille dans mon bras… Reremerde ! En deux temps trois mouvements, Adri m’a fait une compresse à l’aide d’un petit bout et d’un morceau de tissu, me regarde en souriant et me dit que ce n’est pas profond… Bon, faut quand même vérifier que je n’ai pas le bras cassé. Prêt à enlever le ciré de ma manche ? Euh… moyen en fait. Je ne sens plus mes bras là. Mon poignet droit est bleu, mais pas de fracture ouverte, ni de bras cassé… Oufffffffffff !
Adri commence à être trop heureux d’avoir l’opportunité de me recoudre (merci cousin !), et moi, excessivement content d’être vivant ! Vraiment, c’est un sentiment incroyable. Bon, je ne vous conseille pas pour autant d’essayer, mais la grosse banane en guise de sourire sur la photo où on me rase avant de me suturer, ce n’est pas du chiqué !
Bon, ça va certes me faire une blessure de guerre près du front, mais au moins ça me donnera une histoire à raconter. S’il n’y a pas de trauma crânien, et que mon poignet se remet correctement, on pourra tous en rire autour d’une excellente bière à Horta ou Flores. Et c’est ce qu’on a fait d’ailleurs, à Horta ET Flores.
Mis-à part le pire quart de ma vie en vent arrière multiples empannages et retours de Gênois notre dernière nuit de traversée (mon accident ne m’a valu que 2 jours pépères d’arrêt maladie), la fin de notre Transat est plutôt sympathique, agrémentée de Dauphins, de chasse à la méduse flottante rose fluo (non, nous n’avions pas de substances illicites à bord, je confirme), de gros creux de 6m et de déferlantes que nous regardons à présent avec dédain. Il fait froid, mais nos réserves de rhum ont tenues et un beau jour :
TERRE !!!!!!!!!!
Enfin, gros nuages symbolisants la terre.
On sort les baffles, fait péter une énorme BO de Gladiator, Oliv nous sort les blagues mythiques de Melon et Melèche (par respect pour les enfants qui lisent ce blog, je vous les épargnerai), Ju continue de délirer tout comme moi sur les phrases mythiques elles aussi de Dikkenek (vous ne pourriez pas comprendre – d’ailleurs, personne en dehors du bateau n’a compris), Manu sort la bouteille de Pastis et Adri éclate un énorme cigare cubain…
C’est la fin, on est arrivé, après une courte traversée de 17jours, on arrive, les femmes, la bière, la … !
La suite étant une autre histoire, je la laisse à ceux qui l’ont par ailleurs déjà racontée, étant moins flemmards que moi lorsqu’il s’agit d’écrire.

Je cherche le mot de la fin, la phrase qui sonnerait juste, qui expliquerait en deux mots tous les creux de mon récit, qui justifierait le fait que nous n’ayons pas attrapé un seul poisson et nous soyons nourris de thon et de sardines en boîte, qui vous communiquerait le goût sans égal du riz-ketchup à la mode Raffût, et des pâtes-sauce tomate rouillée – sardines Transat… Les douches rares et douloureuses à coups de seau d’eau de mer froide et salée, la douce odeur de la maladie (ah non, ça je l’ai fait), les parties de belotte et de skat (belote allemande), voire même de trouduc enfiévrées, et pourquoi Ju arrive-t-il toujours à finir à -400, la vaisselle à la lampe frontale, la cuisine harnachée au pré, notre unique et désastreuse tentative de sortir la grande voile de spi, toutes ces petites choses qui font d’une transat ce qu’elle est, qu’on en bave, qu’on en rigole, qu’on n’en peut plus, qu’on voudrait que ça dure encore et toujours, des blagues grasses de marin, que cet équipage est formidable et qu’il me manque…

Si vous avez eu la chance de naviguer à bord du Raffût, si cette bonne ambiance contagieuse vous a pris au cœur, si le souvenir des Toasta Mistas vous allèche, alors vous aussi vous devez comprendre…

Fabrice, en direct de Paris…
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Açores, suite et fin


Ces trente derniers jours, le Raffût aura vécu au rythme des allers et venus de ses invités. Car entre mi-juin et mi-juillet, on en a vu du monde.
La dernière quinzaine de juin, ce sont Joanna, Yann et Chloé, cousins d’Adri, qui sont venus nous rendre visite. Quand les deux premiers venaient pour 2 semaines atterrissant à Punta Delgada, la troisième venait pour une semaine à Terceira.
La première quinzaine de juillet, ce sont JB le frère de Manu et Bouly qui ont pris le relais. Et quand l’un venait pour 2 semaines de Punta Delgada, l’autre venait pour une semaine d’Horta… Au même moment, les parents d’Adri sont venus lui rendre visite alternant entre ballades sur le Raffût et visites d’îles via ferry. Et comme en plus de ça, nous devions jongler avec le calendrier de la coupe du monde, vous l’aurez compris cela demandait une certaine organisation, qui de fait, aura rythmé la fin de notre périple aux Açores.

Comme pratiquement aucun d’entre eux n’a fait le même parcours durant son séjour, vous les raconter dans le détail, déjà je ne m’en rappelle plus, et puis ce serait bien long. Mais si les endroits fréquentés par nos invités ont été différents, leurs occupations, elles, ont bien été communes.
Alors sans préambule, en bref et dans le désordre, un petit condensé des principales activités du Raffût aux Açores.

Le fil rouge ? Le mondial.
Les tristes prestations des bleus ne nous ont pas empêchées de suivre l’essentiel de l’épreuve dans les bars des ports fréquentés dont nous connaissons maintenant les moindres recoins. Là aussi, qu’on aime le foot ou qu’on ne l’aime pas, les conditions de visionnage étaient communes à tous : Sagres ou Superbock en pression et Toasta Mista (croque monsieur local). La formule est gagnante à coup sûr, elle.

L’attraction ? Les dauphins.
Mis à part Bouly et ses deux fois 45 minutes de mer en une semaine, tous nos squatteurs ont eu le privilège de voir des dauphins venir jouer avec le bateau et nous gratifier de quelques pirouettes. Toujours sympa.

Le leitmotiv ? Faire la fête
Durant notre séjour aux Açores, nous aurons eu droit à un nombre impressionnant de festivités locales. Comme on n’est pas du genre à faire les difficiles, on les a testées. Etre au bon endroit au bon moment ce n’est pas toujours évident, mais quand on y est, en général, on n’est pas déçu, l’ambiance est garantie et les prix défient toute concurrence.

La question ? Mais où sont passés les 20-30 ans ?
A priori au Portugal ou Etats-Unis pour faire leur étude ou pour travailler. Cette tranche d’âge est effectivement très peu représentée dans l’archipel. Etonnant.

Les activités ? Du tourisme
Quand nous n’étions pas en train de faire un foot ou d’en regarder, nous louions des voitures pour faire les attractions touristiques. Lors des deux précédents articles, nous vous avions déjà venté la beauté des îles des Açores. Je ne m’y attarderais donc pas et conclurais sur ce point en disant que sa végétation, ses reliefs, ses lacs, et ses paysages en font sans aucun doute l’un des plus beaux endroits sinon le plus beau de ce que nous avons pu découvrir depuis le départ.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, un jour il faut partir. Et ce jour c’est aujourd’hui. Nous sommes le mardi 20 juillet, il est 17h locales. Anne, la sœur d’Adri nous rejoint ce soir et nous partons dans la foulée direction Cadiz. 1000 miles séparent cette ville à l’ouest de Gibraltar de Punta Delgada ou nous nous trouvons en ce moment. Nous estimons la durée de la traversée à une huitaine de jours avec à priori avec du vent plutôt de face.

A bientôt, Julien.
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3 juil. 2010

Laura, Pippo et Barn visitent le Raffût.

Les gars nous ont demandé d’écrire un truc au sujet de notre séjour sur le Raffût, alors voilà, un truc.
Permettez-moi de commencer par la fin, c’est plus logique.

Nous sommes repartis des Açores un lundi matin, tôt, encore tout ensommeillés après un séjour intense en émotions. Le départ aux aurores aura finalement été la bonne solution : la tête encore dans le brouillard, au radar, les jambes nous portent vers l’aéroport de Ponta Delgada. Le cœur, s’il avait été bien éveillé, nous aurait dicté de rester.

On avait imaginé des conditions de vie difficiles, nous avons trouvé le bien-être. On avait osé penser qu’ils mangeaient mal, notre séjour aura presque été gastronomique. Manu et Adrien devraient, plutôt que de devenir rugbyman professionnel pour l’un et expert comptable pour l’autre, ouvrir un restaurant aux Açores, avec une spécialité de « riz Raffût ». Et pour les grosses faims post-transatlantiques, de la « ressuce » à vau-l’eau !

Je déforme un peu la vérité, évidemment. Vous avez pu lire dans les pages précédentes que leur périple a eu son lot de difficultés. La transat retour, même si elle laissera sûrement les plus belles traces à ses valeureux marins, aura été un calvaire.

Après l’effort, le réconfort : les Açores sont un paradis. On ne voudrait pas que trop de touristes viennent nous faire concurrence, donc surtout, n’en parlez pas trop autour de vous. Mais il y a des baleines (les gars, si vous arrivez à voler quelques photos aux touristes qui en ont vraiment vu…), des dauphins (les gars, si vous… ah non, çà on en a vraiment vu), et des oiseaux qui ressemblent à des canards mais font des bruits étranges, un peu l’équivalent d’une hyène, mais avec un bec et des ailes.

Le paradis, parce que ces îles sont au beau milieu de l’Atlantique, et il y pleut beaucoup -sauf aux mois de juin et juillet-, et donc elles possèdent une végétation luxuriante. Des hortensias géants, à faire pâlir un jardinier du continent, des bananiers et des palmiers en bas, des sapins et des plantes bizarres en haut. On passe du niveau de la mer à 1000m d’altitude le temps d’une chanson de Joe Dassin en voiture, sans bien sûr compter les arrêts « waaah la vue de ouf, truc de ouf, laisseu tomber » nécessaires à chaque virage.

Aux sommets, des cratères volcaniques, avec pour certains des lacs dedans. Pas d’accès, pas de maison, rien, juste de la pure nature, et l’azur de la mer en toile de fond. Pas banal tout çà.

Sur terre, l’emploi du temps s’est équilibré entre matchs de coupe du monde accompagnés de tosta mista et de bière, sport pour de vrai (foot, course à pied), ascension des volcans et visite des petites villes.

Le 16 juin, nous avons fêté l’anniversaire d’Oliv comme il se doit, avec un festin de tapas en tous genres, un magnum de Graves, et des cadeaux : les deux meilleurs livres du monde, de la cryptonite des Açores, et des bandeaux pour les cheveux, car Olivier a maintenant les cheveux longs et blonds. Sans rire !

Les traversées inter îles auront été des plus tranquilles et nous avons pu nous essayer au souquage d’artibuses et à l’écartage de sloop. Le vocabulaire de la voile offre des opportunités de jeux de mots en or, et neuf mois à bord ne semblent pas avoir lassé les gars. Nous avons pris des ris, pour relever l’assiette, et passer au largue au winch.

Le jour, l’océan qui scintille, la chaleur du soleil atténuée par la brise marine. Les îles s’aplatissent jusqu’à disparaître dans l’horizon, nous sommes seuls au milieu de l’océan, avec les oiseaux et les dauphins.
La nuit, les étoiles font leur apparition, nous repérons les constellations de l’ours, du dragon, du scorpion, et la plus belle d’entre elles, le cygne, s’envolant au milieu de la voie lactée.
Comme on dit chez nous : du lourd. Du très, très lourd, même.

Perchés sur les volcans, les guetteurs de baleines qui envoyaient autrefois les baleiniers faire leur office se sont reconvertis en mouchards pour zodiacs à touristes. On a pensé essayer de capter leur fréquence pour se lancer à la poursuite des cétacés, mais on s’est dit que la rencontre avec une baleine valait bien la peine d’être fortuite plutôt que provoquée, quitte à attendre et risquer de ne pas en voir du tout.

Bonne chance au Raffût, aux gars, et aux bienheureux qui y séjournent, les baleines finiront bien par montrer le bout de leur queue.

Barn
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