OU SOMMES-NOUS ?
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18 août 2010
Etude objectiviste sur le mode de vie du Raffutin*. par Anne-Louise Maillet
Le Raffut est arrivé…
Jeudi 12 Août, 7h34, entrée triomphante dans la rade de Martigues, 30h et 56 minutes avant l’heure officiellement annoncée. Victorieux mais épuisé, nos Raffutins* favoris reposent donc pour la première fois depuis 11mois, 5 jours, 8h et 26 minutes les pieds sur leur chère terre natale. Emotion… « C’est quand même vraiment moche Martigues » (Manu) - « habile » (Ju) -« bon on nettoie ? » (Adri). « EXCEPTIONNNELLL FANTASTICO QUE BELLO » (Martina), « Attend, le café d’abord » (Oliv). « Quoi, on est déjà arrivés ? » (moi qui sort de la cabine). Rien de solennel, pas de champagne (ni de croissants L ) à l’arrivée. Juste un soleil qui tape, des lignes de hautes tensions, un quai loin de tout et la promesse d’une grosse, très grosse journée. L’idée : tout nettoyer au mieux et au plus vite pour pouvoir profiter à fond de deux jours de retrouvailles intenses là ou le départ s’était préparé un an plus tôt.
Mission accomplie. Et cela relève de l’exploit lorsqu’on voit la quantité de ##### que l’on peut accumuler sur un Raffut. Des Blitzkriegs (vieille plaque de plastique informe grossièrement gribouillée au marqueur d’hexagones accompagné de quelques boulons coloriés), des dizaines de conserves hier presque appétissantes mais qui ne sont plus que de vieilles boites rouillées, des bobrafuts, des duvets (qui sentent mauvais)…bon, j’en passe (il y en a de meilleurs)… Bref tout ça sur un quai ça fait du bordel ; dans quatre voitures ça fait du volume et dans 6 bras ça fait du poids ! J’en profite pour glisser ici un GRAND merci à tous les incorruptibles venus donner un petit coup de main : à Emile et Jacqueline qui nous ontoffert un bon pique-nique , Clarisse qui a rempli sa voiture de divers objets plus ou moins « malades », à Pierre-Antoine qui.. qui est passé et a vidé un seau.
Le moment des retrouvailles peut maintenant commencer. Les Raffutins*, les yeux qui brillent retrouvent leurs Belles, leurs familles et leurs bons potes. Tout le monde n’est pas là encore, mais assez de monde est rassemblé pour trois jours un peu improvisés, improbables, fous, riche en émotions, pauvres en sommeil et remplis d’anecdotes. Ce n’est pas aujourd’hui ma mission que de raconter ces quelques jours ; pour faire vite : Champââââgne, mais surtout bières, rosé, jaunes et volley ; frites grillades et belotes contrées ; vrais lits (pour les privilégiés…), machines à laver et Carrefour à proximité étaient là pour nous accueillir…bref juste assez pour égayer nos Raffutins* un peu déboussolés et leur rappeler ce que 99,9% de leur 29 visiteurs on pu se dire à leur retour sur terre: « Bah quelle drôle d’idée d’avoir voulu habiter 1 an sur un bateau tout mouillé ?». J’en profite d’ailleurs pour glisser une TRES grand merci à Fabienne, Bernard et Ola qui ont unef fois de plus, plus que très bien accueilli tout ce monde venu de plus ou moins loin saluer, féliciter et interroger les navigateurs.
Veuillez m’excuser chers lecteurs rêvassant sur ce blog, vous l’attendiez tous et je vous l’ai promis, il est maintenant temps de donner à chacun un regard objectif sur le mode de vie du Raffutin*. Des Acores à Martigues pour une durée de 23 jours et une distance de 1880 miles je me suis infiltrée sur le Raffut et me suis faite passer pour l’une des leurs afin de vous livrer un témoignage exclusif sur les réalités de leur vraie vie à bord. Expérience riche et forte qui m’a permis d’observer de très près (et au près) le Raffutin* dans les diverses configurations de son environnement naturel : au près et au port, au travers et de travers, au bon plein et bien plein, au grand largue et au large, et de comprendre à quel point, loin d’être devenu comme on pourrait le penser après un an de vie plus que commune, un « type » de simples marins un-peu-beauf-un-peu-héros qui aime le Rhum les femmes et la bière –nom-de-dieu ils sont en fait des devenus personnages complexes aux diverses facettes souvent surprenantes. Bref il est temps de casser les clichés, les préjugés, les on dit qui se sont doucement dessinés dans nos esprits au travers de ce blog, et au fil des témoignages des rescapés revenus à Paris témoigner de leur expérience autour d’une bière au HideOut :
On dit que le Raffutin* porte des chapeaux. Oui, il les porte, tous les jours. D’ailleurs tant mieux car c’est nous qui les leur avons offerts. On peut même dire que Adrien, ne sort jamais de jour comme de nuit sans son chapeau coloré (ou décoloré ou déteint mais toujours coloré enfin on ne sait pas trop) : De Carthagène à Barcelone et encore à Aix et bientôt à Tour ! tenterait-il d’imposer un nouveau style mi Rave mi campagnard ?
On dit que le Raffutin* est déconnecté. Là, vous plaisantez, vaste blague comme certain diraient : il faut voir Jul, Adri et Oliv, le pied aussitôt posé à terre se ruer sur leur compte FaceBook pour voir qui aura le plus de notifications après 8 jours passés en mer ; commentant ensuite à chaque escale l’évolution de la cote de popularité (ie nombre de Attending) de la « soirée de retour ». Manu, en dehors de tout ça réussi tout de même à caler l’air de rien le lendemain de son anniversaire qu’il a eu 51,3 notifications. Habile.
On peut croire que le Raffutin* n’est pas au courrant… là encore il y a erreur. On ne sait pas trop comment mais à 500 miles de cotes Julien connaît les derniers résultats de l’OM et les dernières performances de l’équipe de France au championnat d’Europe d’athlétisme. Et à la seconde, que dis-je au centième de seconde, en plus. Bon admettons que pour ce qui est de l’actualité « normale » ils ont souvent un mois de retard. Mais attention, l’information dont-ils disposent grâce aux quelques magasines importés… ils la connaissent, et bien! Tous par exemple savent que la Chine développe actuellement un projet de délocalisation à Châteauroux pour pouvoir labelliser sa production Made in Europe.
Le Raffutin* est écolo. Oui c’est vrai ils nous expliquent pourquoi on a le droit de jeter tout un tas de truc à la mer, mais pas d’autres trucs. Comment économiser l’eau (cad ne pas en utiliser du tout), l’électricité et le chocolat (un carreau, pas plus). Mais il n’est pas Ecolo bobo: une fois sur terre c’est avec une grande joie qu’il mange un bon gros Burger King.
On dit que le Raffutin* pèche. J’aurais bien voulu ! En fait, le Raffutin* tente quelquefois de pécher. Le plus souvent, la seule chose qu’il attrape ce sont des sardines à l’huile à l’eau, à la moutarde ou à la tomate enfouies sous les planchers. Pourtant des témoins l’ont dit et nous avons des photos à l’appui : ils auraient apparemment déjà péché quelques poissons… nous aurait-on menti ? Olivier aurait-il mis au service de leur gloire ses talents sur PhotoShop? Non allez j’avoue, une fois ils ont en attrapés des poissons… tellement d’ailleurs qu’on aurait presque dit un coup monté (peut être essayaient t-ils de me bluffer…) : 12 maqueraux (des fois trois en un seul lever de canne) en moins de 30 minutes ! vous y croyez vous ?
On se dit que le Raffutin* gère. Grave ! C’est fou d’ailleurs : 25 nœuds de vent au travers, 300 miles de Gibraltar, des creux de 4,5 mètres, qui déferlent (et je n’exagère même pas). Moi, un peu beaucoup angoissée mais qui préfère me taire, je peux observer Manu, Oliv, Adri qui se succèdent à la barre, l’air, serein. « De toute façon on n’a pas le choix, on ne peut que aller tout droit » précise Jul fataliste au moment ou l’on m’annonce que l’Iridium (téléphone par satellite) ne marche pas (en fait il n’était pas tout à fait cassé puisqu’à Martigues, si tu montes sur le muret et lèves un peu le bras tu captes, un peu, suffisamment pour appeler les parents de Manu et les informer de notre arrivée). 500 miles de toute terre, la barre a roue pète, une chaîne s’organise calmement, la cabine arrière est vidée et 20 minutes de bricolage plus tard, Oliv peut de nouveau surfer fièrement la houle. Le lendemain rebelotte. La même. (habiles les mecs quand même)
On dit que le Raffutin* sent mauvais. On dira même que ses habits tombent malade… Et bien là figurez vous que j’ai été agréablement surprise. En comparaison avec 4 mecs regroupés dans un espace de 24m² pour une journée à Paris ils sentent la rose. Oliv’ seul à avoir admis qu’il a passé 8 jours sans se doucher n’a pas attrapé la maladie qui pourtant avait pu se développer dans les « coussins » bleus. D’après leurs témoignages, j’ai eu de la chance de ne pas devoir vivre avec un certain Raoul à l’origine de toute les rumeurs au sujet de l’odeur du Raffutin*.
On se dit tous le que le Raffutin* est un aventurier. Hum hum, après quelque jours de près, tous autant que nous sommes a bord ne souhaitons qu’une seule chose : pouvoir faire notre prochain quart pépère en mode pétole-moteur-pilote-bouquin. Bon d’accord j’avoue ils sont un peu beaucoup aventuriers quand même ; disons qu’ils peuvent juste être un peu fénéant des fois.
On peut penser que le Raffutin* n’aime pas la télé. Bah oui, c’est des aventuriers, pas du tout le genre à moisir tout une journée affalé sur un fauteuil à regarder des bons mauvais films… Hum hum ! Les beau gosses s’enferment en fait volontiers le très petit écran posé sur leurs genoux pour regarder (en boucle) les films que leur pote français-rencontré-sur-une-ile-quelque-part-dans-l’atlantic leur a donnés. Même remarque que pour l’actualité mentionnée plus haut : ils disposent d’un nombre limité de film, ils les connaissent tous par cœur et développent donc volontiers un comique de répétition, habile, qui peut paraître être une névrose originale (type TIC) pour un observateur non averti, habile.
On dit que les Raffutins* sont en vacances. Ah, là en vérité, c’est ce que je croyais aussi et j’aurais bien aimé ne pas me tromper d’ailleurs ! En fait c’est une vaste illusion, croyez le ou non, ce n’est pas du tout les vacances sur le Raffut. On vous réveille à 4h du matin alors qui fait 10 degrès pour vous demander de tenir une barre, il faut tout le temps faire des vaisselles et préparer des repas, il faut faire des points en reportant des abscisses et des ordonnées dans un repère non orthonormé avec des compas compliqués et écrire des lignes dans un journal de bord alors qu’on a le mal de mer, nettoyer le carré, et en plus, tout est prétexte à vous donner des cours de voiles ou de mécanique auxquels vous devez témoigner un intérêt poli. Bref nos Raffutins* se « mettent en vacances » une fois au port ou au mouillage, mais le reste du temps ne plaisantent pas.
On se dit que le Raffutin* est un morfal. Admettons-le, c’est un peu vrai : pour manger 600g de de Riz-Raffut à 4h il faut l’être un peu. Néanmoins il faut reconnaître un petit coté gastronome à ces navigateurs : ce n’est pas systématiquement vers le bon gros Macdo que nous nous dirigerons une fois arrivée dans les ports espagnols mais c’est avec enthousiasme et coquetterie que nous allons dans la trop méconnue enseigne espagnole : 100 Montaditos engloutissons quelques spécialités locales. Aussi, rien de tel pour rendre un Raffutin* heureux que de déboucher une bonne bouteille de vin, d’ouvrir une boite de bon pâté gourmet ou de cuisiner du confit de canard.
On peut croire que le Raffutin* est un peu rustre. Et bien non figurez vous que chez chacun d’eux on peut découvrir un petit talent d’artiste. Adrien fait chaque jour preuve d’une créativité impressionnante pour tenter de faire transformer les ingrédients de bases disponibles sur le bord en quelques recettes originales plus ou moins convaincantes. Nos estomacs se souviennent d’ailleurs tous de sa quiche dont la pâte si elle ne pouvait pas être digérée correctement aurait pu servir à refaire l’étanchéité du bateau. Olivier et Julien mettent volontiers en commun leur talent pour nous faire quelques compositions picturales surprenantes (à situer entre du Ernst et les dessins de votre petit frère) Je les invite d’ailleurs à en faire une exposition à la tant attendue Soirée de Retour à Tour.
Voila j’espère vous avoir apporter un bon éclairage sur la complexité et la diversité des caractères de nos chers Raffutins*. J’imagine que vous êtes tous maintenant d’autant plus impatient de les retrouver les stars (désormais mondialement connu grâce à la parution d’un article à leur Effigie dans Voiles et Voiliers) et de leur poser tout un tas de questions (ça leur permet de crâner un peu ils kiffent grave donc n’hésitez pas !)! La soirée de retour à Tour (pardon à Cinq Mars la Pile) est faite pour ça, et l’on vous attend nombreux (n’oubliez pas le virement, habile) !
Une chose est sure, cliché ou pas clichés, putain, ils l’ont fait !
Au nom de tous vos lecteurs et de tous vos visiteurs, je tiens ici à sincèrement vous remercier vous les Raffutins* vous l’avez fait : votre rêve, vous l’avez réalisé et vous nous l’avez fait partager.
MERCI LE RAFFUT !!
Et plein de bon vent pour la suite !!!!
Anne-Louise
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bravo pour ce chouette récit de cette fabuleuse aventure en mer.
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