Départ de Curaçao le mercredi 20 janvier vers midi, les pleins faits, les derniers bricolages réglés. Nous n’avons toujours pas de régulateur pour notre éolienne, mais ô grande nouvelle nous partons avec un moteur d’annexe. Un peu plus que vieux mais pas cher, le temps nous dira si nous c’est une bonne affaire.
Nous remontons donc la côte direction nord ouest sur un bon bord de largue. Entre 25 et 30 nœuds de vent, des creux entre 4m (selon la police) et 8m (selon les organisateurs) ; sportif ! Quelques vagues déferlent dans le bateau et nous obligent à fermer les écoutilles. Du coup on a le choix entre la chaleur à l’intérieur et les douches sur le pont. De jour c’est marrant et ça rafraichi, de nuit c’est moins rigolo, surtout quand on s’en prend une 5 min avant d’aller se coucher…On en à pris une tellement grosse que ça nous a rempli le cockpit, et l’équivalent de quelques seaux se sont frayés un passage jusque l’intérieur et un gilet de sauvetage qui n’a pas demandé mieux que de se déclencher. Au moins on sait qu’ils fonctionnent !
Nos organismes n’étant plus tellement habitués à ce genre de conditions les nuits sont courtes pour tout le monde, on n’en mène pas large pendant la journée non plus et des activités de base comme faire à manger ou boire l’apéro demandent de gros efforts d’équilibre.
L’accalmie arrive à la fin de notre troisième jour de traversée, enfin une bonne nuit pour tout le monde. Nous profitons du répit pour jeter un œil à notre système de barre. Bien nous en a pris car du sable s’était glissé dans une poulie, nous rongeant le câble de plus de moitié. La réparation faite nous passons au tableau de bord du moteur qui montre des signes de faiblesse pour découvrir quelques connexions largement oxydées. Il nous est maintenant impossible de démarrer autrement qu’au tournevis directement sur le démarreur. Et comme on dit qu’un malheur n’arrive jamais seul notre alternateur choisi la même journée pour arrêter de produire de l’électricité. Nos deux moyens de production d’énergie en rideau, il ne nous reste plus qu’à finir la traversée à la lampe torche. Oui bon d’accord mais il faut bien qu’on se plaigne peu… Ceci étant réparer nous occupe et nous y prenons goût de plus en plus.
Les journées reprennent leur cours normal, lecture (Un monde sans fin, Le maître et marguerite, Balzac, Pardonnez nos offenses, Le procès, Pour qui sonne le glas), échecs, espagnol, pêche (pas très prolifique d’ailleurs)… Nous quittons la régularité des alizés et passons notre première nuit au moteur depuis les Canaries ! S’en suivent une alternance de pétole et de vent dans le nez, nous ne sommes plus qu’à quelques milles des côtes cubaines, nous ne pourront pas arriver avant la nuit. Nous entrons dans une baie de Cienfuegos très bien balisées (heureusement) mais impossible de trouver la marina. Tant pis, il est 22H, tout le monde est fatigué et il fait froid dehors (pas loin de 10°C !!), personne ne répond à la VHF, nous mouillons dans un coin de la baie et on verra demain pour les formalités.
Réveil avec le jour pour voir que nous sommes à 200m de la marina que nous avons cherché en vain la veille. Accueil super sympa, on nous demande quand même de rester à bord jusqu’à l’arrivée des autorités. Le bal commence avec la venue de trois personnes des services de santé et vétérinaires. Pas de produits frais ? Vous n’êtes pas malades ? D’où venez-vous ? Quel est votre parcours ? RAS on gagne trois papiers, le droit de baisser le pavillon jaune et d’attendre les suivants. Descendent ensuite dans notre carré un responsable de la capitainerie et un agent des douanes. D’où venez-vous ? Quel est votre parcours ? Possédez-vous des armes ? Deux papiers de plus, jusque là tout va bien, on a toujours le droit d’attendre les suivants. Arrive alors une véritable troupe, deux douaniers en uniforme, un en civil, un en bleu de travail et deux maitres chiens (avec leurs chiens). S’en suit une fouille du bateau presque en règle (l’un a ouvert sous mes yeux cinq fois le même jeu de cartes, mais personne n’a soulevé les planchers pour regarder les cales). Un ou deux nous demande discrètement si on ne veut pas leur donner un Ipod ou des anti-inflammatoire. Résultat un peu plus de bazar dans le bateau, encore un papier de gagné et on nous rend nos passeports dûment visés par l’immigration. Merci messieurs bon séjour à Cuba.
Les fonctionnaires sont plutôt détendus et très sympa, notre matinée fut bien occupée et nous pouvons enfin aller faire nos premiers pas dans ce pays aux frontières si longtemps restées fermées. Nous découvrons des rues très larges (format piste d’atterrissage), sans beaucoup de circulation, avec dessus des taxis-vélos, des taxi-carriole à cheval, des grosses Ford sorties droit des films de James Dean, des Lada que l’on imagine bien venir d’URSS et quelques nouvelles voitures plutôt asiatiques. Beaucoup de bâtiments imposants aux façades décrépites, de larges places fleuries, des magasins où l’on trouve un peu de tout et beaucoup de rien, sauf le rhum et les cigares qui sont partout. Des slogans communistes ou à la gloire des héros nationaux trônent sur les murs. Les cubains avec qui nous parlons sont tous avenants et sympa. Il ne nous manque plus qu’à découvrir les largesses ô combien vantées des nuits cubaines, ce que nous ne manqueront pas de vous conter au prochain épisode. Au programme maintenant quelques jours à Cienfuegos histoire de bosser un peu le bateau, de faire le plein de vitamines et de récupérer Paule et Vania qui vont nous accompagner pour les 15 prochains jours.
Vous souhaitant une bonne fin d’hiver
Manu