13j 20h 30 min. Record d’Europe je crois. A peine étonnant vu la qualité de l’équipage. Une transat’ rondement menée pour débarquer à la Barbade , île anglophone la plus à l’Est de l’arc antillais. Les formalités d’entrée passées, nous partons mouiller dans Carlisle Bay, plage de la capitale Bridgetown. L’eau turquoise à 28°C se jette sur une plage de sable farineux, longée de palmiers et autre végétation comme on en trouve pas dans la forêt de Rambouillet, par exemple, et agrémentée d’une multitude de bicoques ressemblant fortement à des bar-restaurant. Ehéhé !
Les deux premiers jours sont placés sous le signe de la détente. Au programme, visite de la capitale de l’île, comprendre chef lieu de canton pour avoir une idée de la taille, au style anglais d’origine, mais largement envahie aujourd’hui par l’influence américaine et son coté bling-bling. Malls tous les 200 m , tout est pensé pour le touriste qui afflue en masse des ferries de croisière accostant tous les 2 jours (le Queen Mary 2 était à quai). Nous sommes un peu pris à la gorge par toute cette agitation après un mois dans des îles du Cap Vert épargnées par le tourisme de masse, et 13j 20h 30 min, peut être même record du monde, je vérifierai, sur un océan Atlantique peu propice à l’implantation d’hôtels aux formules « all included ».
Mais peu importe, nous nous mélangeons à la population locale en soirée pour une partie de domino endiablée (je n’aurai jamais pensé associer cet adjectif un jour à ce jeu), avec des cris de joie et des rires qui vous font basculer la tête en arrière, des mains qui frappent les cuisses et les bords de table de surprises et des félicitations sur le bon placement du double 6. Bref un véritable vaudeville.
Après des réveils xylocéphaliques, nous remplissons les journées de surf, beach-volley sur la plage du Hilton, saltos arrière du bateau, et foot avec coucher du soleil en fond d’écran.
Suivrons à ces journées détentes, les inévitables journées « obligations » pour ne pas dire pénibles, avec notamment le changement folklorique de capitaine aux douanes, Adri nous quittant pour passer Noël en famille dans la grosse pomme. C’est Manu qui prendra la fonction de commandant de bord, la candidature de Jul et la mienne n’ayant pas été retenue. Etonnamment. Aussi, courses, ravitaillement en eau à la douche de la plage avec les bidons, où nous faisons patienter ces quelques baigneurs qui veulent se rincer les pieds, recherche d’écoutes neuves et autres pièces pour le bateau, occuperons les jours suivant.
Nous avons également eu le plaisir de retrouver Natacha, copine de lycée de Jul et moi, même si elle dit que nous étions méchants à l’époque. Dires que nous réfutons en bloc, bien entendu. Taquins peut être, méchant, jamais. En tous cas nous avons passé de bons moments ensemble cette fois-ci.
Et puis, il y a eu le gaz. Nos deux premières bouteilles sont vides, la troisième tire sur la corde. Il va falloir recharger. Qui aurait pu imaginer que toute l’île ne fonctionne qu’au propane. Personne ne peut nous aider, et ce n’est pas faute d’avoir chercher. La solution est la suivante : nous passerons par Grenade où Oliv se rappelle avoir trouvé des recharges de butane avec Adri lors d’un précédent voyage. La décision est prise, nous partons plus tôt que prévu avant de devoir manger du riz cru, direction Grenade.
Grenade.
Après 24h de nav’, nous mouillons dans un mouillage près de St George, capitale à l’instar de Bridgetown par sa taille, de Grenade. La différence avec la Barbade est saisissante. La première est totalement plate. Grenade est faite de monts et collines couverts d’une végétation luxuriante et majestueuse comme on en trouve pas à Châteauroux, par exemple. Et je défie un Castelroussin de me contredire. Bref, c’est magnifique, et de là à dire que Grenade, c’est de la bombe, surtout quand on y est pour chercher du gaz, il n’y a qu’un pas, que j’ose.
Après avoir malencontreusement oublié de s’être présenté aux douanes, nous voilà partis dans cette quête du gaz. Même si le décor s’y prête, ce n’est pas le dernier Indiana Jones. Et c’est sans compter que nous sommes samedi après midi et que la seule personne habilitée à recharger les bouteilles de gaz sur l’île est en week-end jusqu’à lundi. C’est incroyable ces gens qui ne travaillent pas le week-end… Nous voici donc sur cette charmante île jusqu’à lundi au moins.
Et c’est un week-end plein de délices gastronomique que nous allons passer. Deux langoustes de 1kg chacune, vaillamment remontées par Oliv du bateau des pêcheurs venus au pied du Raffût. Une étonnante technique de chasse dont vous lui demanderez les détails. Sans masque ni tuba. Nous étions bluffés. Puis deux kilos de citrons sauvages et une quinzaine de noix de coco ramassés lors d’une promenade pleine de côtes et de pentes pour remplir nos filets. Miam miam. Quelques saltos arrière, encore, des centaines pages de romans dévorées et des 120 trèfles contrés rempliront le reste du week-end. Je vous passe les détails de la mission du lundi matin pour remplir les bouteilles de gaz avec Manu, mais après 3 changement de bus « mini vanne » nous finissons par trouver ce fameux monsieur remplisseur de gaz. Très gentil ma foi. Finalement après 4 heures et 900 coups de rames en annexe, nous pouvons enfin partir en direction de Los Roques où nous passerons Noël, avec du gaz.
Los Roques, Venezuela.
Le trajet est prévu en 3 jours. Nous en mettrons deux. Record de France. Pour rejoindre Los Roques, c’est simple : en sortant de Grenade, prenez à droite pour rejoindre l’autoroute des Alizés. Mettez le génois et le foc inter’, et à fond sur la voie de gauche (il n’y a pas de radar, vous pouvez y aller tranquille). Prenez la sortie n°4 Los Roques après celle de Las Tortugas. L’arrivée se fait par Gran Roque, mettez le moteur à 2200 tours, vous avez le vent de 35 nœuds dans le nez, et garez vous au premier mouillage sur la gauche. Ne sortez pas l’annexe, sans moteur, ça ne sert à rien, vous n’avancerez pas malgré une forme olympique et ce physique de rêve. Partez plutôt mouiller sur une autre île à l’abri du vent. Attention aux hauts fonds, slalomez correctement et mouillez. Vous passerez Noël ici, dans ce petit lagon à l’eau toujours bleue turquoise, où vous vous baignerez au milieu des tortues de mer et de ces poissons que vous avez déjà vu dans un vieux reportage du commandant Cousteau quand vous étiez jeunes. Le bonnet rouge n’est pas obligatoire. La bouteille de rouge elle, si. C’est Noël.
Voici le repas de veille de Noël des boys du Raffût (prenez un stylo pour les recettes) : pain fait maison, ou plutôt fait bateau, pâté de campagne, cornichons, Bordeaux 2007, un peu jeune mais là c’est pas grave, olives vertes, gâteaux apéro, ti punch, coucher de soleil magnifique, lune féérique, et moustiques voraces, sur la plage. Puis gâteau à la semoule fait bateau, avec son sirop rhum-citron aussi fait bateau, Tontons flingueurs et dodo. Vous pouvez ranger votre stylo.
Et le 25 au matin, crêpes et cadeaux. Manu et Oliv devaient se faire un cadeau, Jul et moi le notre. Ont reçu : Manu, 5 barres de chocolat ; Oliv, un livre de recette de cuisine de la Barbade en anglais ; Jul, une étiquette de bouteille vantant sa qualité de « choqueur » de voiles dessinée par votre auteur, et je reçu une bien belle charade sortie de l’imagination de mon camarade. Un joli Noël qui vous rempli le cœur de cette chaleur amicale.
Pour les activités extra Noël, nos futurs compagnons de voyage, Pierre Poncho et Alexis, qui arrivent le 27, se feront un plaisir de vous les décrire dans le prochain article.
En attendant, les copains se joignent à moi pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année. Et surtout, ça me fait plaisir, couvrez vous bien ! éhé !
Oliv J